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L’île de la Réunion, une montagne dans l’océan (1/2)

Jour 1 Retrouvailles à la plage : l’Ermitage, Boucan Canot, Saint-Paul

L’île de la Réunion est un département français situé dans l’océan Indien, au sud du continent africain. 11 heures de vol séparent Paris de cette île tropicale et volcanique, et bien que ce soit administrativement logique, voyager si loin avec une simple carte d’identité n’en reste pas moins étonnant. Ayant opté pour un vol de nuit, je dois dire que le réveil fut intense. De toute évidence, je suis bien trop vêtue pour les 30°c qui m’attendent et j’ai largement sous-estimé l’émotion liée à mes retrouvailles avec Justine. Il faut dire que ma meilleures amie s’est expatriée là-bas depuis déjà un an et demi. En un claquement de doigts, nous rejoignons la plage de l’Ermitage, réalisant difficilement que nous sommes enfin réunies.

Pour la première fois de ma vie, je me baigne dans l’océan Indien; il est relativement chaud, beau et peuplé de poissons peu farouches. Il offre une jolie vue sur un sable blanc semi-ombragé par de grands palmiers. Nous rattrapons le temps perdu en faisant bronzer nos tâches de rousseur avant de rejoindre Boucan Canot, où je m’apprête à découvrir la cuisine créole. J’inaugure alors la célèbre Dodo en m’essayant à un bouchon gratiné. Les bouchons sont de petites bouchées de viande entourées de pâte, cuites à la vapeur. On dit qu’ils sont «gratinés» lorsqu’ils sont fourrés dans une baguette de pain avec des frites, arrosés de sauce et solidement maintenus par une couche de fromage que l’on fait, comme son nom l’indique, gratiner. D’où l’importance de la bière pour faire glisser. Malin ces réunionnais!

Nous terminons la journée à Saint-Paul, seules sur une plage de sable noire. Justine prépare sa répétition de gospel, et moi, je m’empresse de vérifier si des ailerons de requins dépassent de l’eau. Le constat se rapproche globalement du jour où j’ai cherché Nessie dans un célèbre lac écossais ...

Jour 2 Du nord au sud par la côte ouest

Premier réveil sur l’île de la Réunion; le soleil entre dans la chambre alors que le bruit de la faune me berce encore. Justine vit à La Possession dans une grande maison qu’elle partage avec 5 colocataires. De par leurs origines, leurs activités, leurs passions ou encore leurs âges, ils paraissent tous très différents. Pourtant, une harmonie très agréable se dégage de cette colocation où chacun semble suivre le chemin d’un bonheur palpable.
Nous petit-déjeunons avec vue avant de faire route vers le sud. Nous effectuons un premier arrêt au souffleur, dans la commune de Saint-Leu. Au coeur de la roche noire qui s’étend sous nos pieds, se trouve un creux qui pourrait s’apparenter à une grotte sous marine. La houle est telle que lorsque la mer s’y engouffre, un violent jet d’embruns s’en échappe. Il peut atteindre jusqu’à plusieurs mètres et s’avère être aussi impressionnant que rafraîchissant, ce qui n’est pas pour nous déplaire.

Longeant la côte, nous roulons jusqu’à Saint-Pierre où se trouve un magnifique temple tamoul : Narassingua Perournal. Les tamouls sont un peuple provenant majoritairement du Sri Lanka et du sud de l’Inde mais il s’avère qu’une partie de cette population vit à la Réunion. Cela n’a rien d’étonnant compte tenu des multiples facettes qu’arbore ce département français.
Les temples tamouls sont les plus colorés qu’il m’ait été donné d’admirer. Les sculptures qui les ornent, des plinthes jusqu’au toit, sont d’une telle minutie qu’il en devient difficile de détourner le regard. Je ne pourrai cependant vous en décrire l’intérieur puisque nous nous trouvons en pleine période du Cavadee; une fête défavorable à la visite des temples pour les touristes.

Mais le festival de couleurs n’est pas prêt de s’interrompre. En effet, nous partons à la recherche du Bassin Bleu de l’Etang Salé où nous nous apprêtons à vivre une merveilleuse expérience de snorkeling. Ce bassin plutôt bien dissimulé ne se laisse pas atteindre sans efforts; raison pour laquelle il est si bien préservé, sans nul doute. Nous y observons une très grande diversité de poissons; un régal pour les yeux. Mon préféré a des teintes vertes et possède des zébrures violettes qui semblent illuminer les profondeurs. Et c’est avec amusement que nous nous retrouvons face à de gros oursins noirs, ceux-la même que nous avions découvert sur l’île de Koh Rong Samloem lorsque Justine vivait au Cambodge.

Jour 3 & 4 Randonnée et bivouac dans le cirque de Mafate

Il fait encore nuit lorsque le réveil sonne. Nous avons pris la peine de préparer nos sacs à dos la veille et nous nous en remercions. Voilà déjà quelques années que je songe à randonner en bivouac et il faut dire que de ce côté, la Réunion a bien des trésors à offrir. De plus, concrétiser un tel projet aux côtés d’une personne qui m’est chère ne devrait rendre l’expérience que plus belle. Nous rejoignons donc le cirque de Mafate et nous apprêtons à réaliser un parcours balisé de 19,7 km et 1300 m de dénivelé positif.

  • Col des bœufs – La Nouvelle - Marla : 12 kilomètres
  • Marla – Col des bœufs : 8 kilomètres

Avant le départ j’avais songé à divers paramètres tels que l’effort, la fatigue, la chaleur, la pluie, la nourriture, le campement … et je ne doutais pas un instant d’être conquise par la nature que j’allais bientôt traverser. Cependant, jamais je n’avais imaginé les belles rencontres que nous pourrions y faire. Ces heures passées à randonner ont été ponctuées de sourires, de partages et d’échanges. Ici tout le monde profite et personne ne semble se juger. Les enfants crapahutent sur les roches, les coureurs s’entraînent pour la célèbre Diagonale des Fous, les personnes âgées paraissent majoritairement expertes en marche et les familles, couples et autres groupes d’amis semblent tous passer de moments très agréables. Seules 15 petites minutes de pluie viennent assombrir notre étincelante journée, et encore, on peut dire qu’elles font partie de l’aventure.

Les paysages sont quant à eux aussi divers qu’impressionnants; nous devons monter/descendre des roches et escaliers, longer des falaises abruptes, forcer sur les jambes lors de forts dénivelés, sauter de rocher en rocher pour franchir des cours d’eau, traverser des ponts… La flore est incroyablement belle et la faune m’amuse à chaque instant : on croise beaucoup de crapauds maladroits, de petits oiseaux, ainsi qu’une petite bête qui m’était jusque là encore inconnue, le tang, petit hérisson de la Réunion.

A Marla, nous montons le campement et profitons d’un excellent cari de coq accompagné de bières, rhums et autres punchs. Nous mangeons aux côtés de randonneuses fort sympathiques rencontrées plus tôt sur le chemin et partageons avec elles un carré d’herbe pour planter les tentes. Il m’est difficile de savoir si le sol réunionnais est particulièrement dur ou si je n’ai simplement plus 20 ans mais toujours est-il que la nuit fut particulièrement hachée et que quelques bleus m’accompagneront sur le retour. Justine quant à elle a souffert de douleurs au genou sur l’aller mais le karma lui sourit et une réunionnaise lui prête gentiment des bâtons pour le retour, ce qui s’avérera être d’une grande aide.

Le retour est aussi agréable que l’aller si ce n’est qu’une certaine aisance m’accompagne à présent : je sais aujourd’hui que je suis capable de randonner avec du dénivelé, matériel de camping et nourriture sur le dos, en alliant plaisir, déconnexion et responsabilité. Je suis vraiment ravie de cette expérience dont je garderai un souvenir impérissable. Je la conseille d’ailleurs à quiconque voudrait découvrir cette pratique car le parcours s’avère relativement accessible.

Pour une randonnée réussie :

  • Munissez-vous d'une bonne paire de chaussures, une casquette, des lunettes de soleil, de la crème solaire, de la nourriture, de l'eau, un coupe-vent, des bâtons de marche si besoin.
  • Vous pourrez vous ravitailler en eau et nourriture à Marla et La Nouvelle.
  • Nous avons fait le choix du camping sauvage mais de nombreux gîtes peuvent être reservés pour dormir plus confortablement.
  • En cas de beau temps, bifurquez par La Passerelle en arrivant à Marla et rafraichissez vous dans la rivière.

Pour nous auto-féliciter de nos efforts nous partons nous rassasier à Hell-Bourg. Proclamé « plus beau village de France » en 1998, ses ruelles emplies de maisons colorées sont merveilleusement encastrées entre les montagnes qui forment le cirque de Salazie. D’ailleurs la météo fait aujourd’hui descendre les nuages jusqu’au dessus de nos têtes ce qui rend l’endroit particulièrement mystique. Je découvre la salade exotique et plus particulièrement le chouchou. Également connu sous le nom de « payote », cette sorte de grosse poire est issue de la famille des cucurbitacées et s’avère plutôt fraîche.

Une fois douchées et reposées, nous partons rejoindre les amis de Justine aux Makes pour une soirée sur le thème de l’astronomie. L’endroit offre, paraît-il, une somptueuse vue sur le cirque de Cilaos. Mais nous n’en profiterons pas aujourd’hui car nous arrivons de nuit dans le but d’observer les étoiles, ce qui n’est pas vraiment compatible avec la contemplation du paysage. Nous sommes accueillis par un passionné d’astronomie; il possède une sacrée quantité de matériel professionnel et répond avec aplomb à toute question posée. Le ciel de l’hémisphère sud est plus pure que celui de l’hémisphère nord, ce qui permet à notre œil de percevoir une infinité d’étoiles. Cependant l’observation précise en devient plus complexe. Nous suivons les conseils de notre animateur et apprenons à nous repérer grâce à la constellation de la croix du sud. Tôt dans la soirée les quelques nuages encore présents font place nette et les moindres détails de la lune s’offrent à nous. Cette expérience enrichissante marque la fin de la première partie de mon séjour sur l’île intense.

Cliquez bientôt ici pour découvrir la suite de mon séjour sur l’île de la Réunion.